Voiture garée sous les pins dans le Var : la saison des chenilles processionnaires change la façon de la laver

Dans le Var, une voiture garée à l’ombre est souvent une voiture garée sous un pin. L’été, c’est un avantage. À partir de l’automne, c’est un emplacement qui mérite réflexion, pour une raison qui n’a rien à voir avec la résine ni avec les aiguilles : la chenille processionnaire du pin commence alors la phase de son cycle qui la rend urticante, et ses poils ne font pas de différence entre une pelouse, un linge qui sèche et une carrosserie.

Le sujet est souvent traité sous l’angle du jardin et des animaux domestiques. Il a pourtant des conséquences directes sur la façon de laver et d’entretenir un véhicule qui stationne près des arbres infestés, de l’automne jusqu’au printemps.

Un calendrier qui commence maintenant

La processionnaire du pin, originaire du bassin méditerranéen, accomplit un cycle par an. D’après la fiche du Département de la santé des forêts reprise par l’INRAE, le papillon vole de fin juin à août, les œufs éclosent environ un mois plus tard, et les jeunes chenilles s’alimentent la nuit sur les aiguilles. C’est en automne qu’elles tissent leur nid d’hiver, ce cocon de soie blanche et dense installé sur la partie la plus ensoleillée de l’arbre, généralement en hauteur.

Les chenilles passent par cinq stades successifs. Elles ne deviennent urticantes qu’à partir du troisième : c’est ce basculement, à l’automne, qui transforme un désagrément forestier en question sanitaire. De fin janvier à fin mai selon les régions, les chenilles du dernier stade quittent le nid en file indienne pour aller s’enfouir dans le sol. Cette procession est, selon l’INRAE, la période la plus critique en matière d’exposition.

Ce que le poil fait, et pourquoi il voyage

Une toxine portée par le vent

Les services de l’État dans le Var, relayant l’ARS Paca, décrivent le mécanisme : les poils contiennent une toxine urticante et allergisante. Quand la chenille est dérangée, elle les libère, et le vent les disperse. Munis de crochets, ils s’accrochent aux vêtements ou à la peau ; le frottement les fait éclater et libère la toxine. Les atteintes sont surtout cutanées, avec des démangeaisons qui peuvent mettre jusqu’à deux semaines à disparaître, mais aussi oculaires et respiratoires.

Un risque qui survit aux chenilles

C’est le point le moins connu, et le plus utile pour qui entretient une voiture. Le Département de la santé des forêts rappelle que les nids d’hiver restent une source de poils urticants même après le départ des chenilles. L’Observatoire des chenilles processionnaires précise que l’ancienne peau abandonnée à chaque mue conserve ses soies et leur pouvoir urticant pendant plusieurs mois. Un nid tombé sur un capot en mars n’est donc pas un simple débris végétal.

Ce que cela change au lavage

Rincer avant de toucher

La consigne la plus nette de l’ARS Paca concerne le balai : ne jamais balayer une procession, pour ne pas créer un nuage de poils. Transposée à l’entretien d’une voiture, elle écarte d’emblée deux gestes courants. Le premier est l’essuyage à sec de la poussière sur la carrosserie, qui frotte ce qu’il faudrait décrocher. Le second est le souffleur, utile sur une voiture couverte de feuilles, contre-productif sur une voiture restée sous un pin infesté.

La démarche cohérente consiste à rincer abondamment à l’eau, à basse pression, avant tout contact avec un gant ou une éponge. C’est d’ailleurs la logique du conseil donné par l’ordre des vétérinaires de Paca-Corse pour les animaux exposés : ne pas frotter, laver à grande eau. Le prélavage n’a ici plus seulement pour but de protéger le vernis des rayures ; il évacue ce qu’on ne veut pas manipuler. Les voitures qui stationnent en bord de mer connaissent déjà cette priorité au rinçage, pour d’autres raisons, comme nous l’avons expliqué à propos du sel marin porté par le mistral.

Les zones à surveiller sont celles où les dépôts s’accumulent : la grille d’auvent au pied du pare-brise, les joints de portes, les rails de toit ouvrant, les balais d’essuie-glace. Des gants sont un minimum pour les nettoyer.

L’habitacle et les textiles

Les poils entrent aussi dans la voiture, par les vêtements et les chaussures. L’ARS Paca recommande de laver au-dessus de 60 °C les vêtements contaminés ; le même raisonnement vaut pour les textiles amovibles de l’habitacle qui supportent cette température, tapis de sol en moquette ou housses. Pour les sièges en tissu fixes, un nettoyage par injection-extraction évite le brossage à sec. Le filtre d’habitacle, qui retient les particules de l’air extérieur, se remplace avec des gants et part directement dans un sac fermé lorsqu’il a passé l’hiver sur un véhicule garé sous des pins infestés.

Enfin, un chien transporté après une promenade en pinède rapporte ce qu’il a touché. La mise en garde des vétérinaires est sévère : chez l’animal, le contact avec les chenilles peut entraîner une nécrose de la langue. La housse de banquette arrière se lave alors comme un vêtement exposé.

Stationner autrement, de novembre à mai

La première mesure reste le choix de l’emplacement. Les nids d’hiver deviennent bien visibles à la fin de l’automne, ce qui permet de repérer les arbres à éviter avant la période des processions. Un pin isolé, bien exposé en lisière ou en crête, fait partie des situations que les forestiers décrivent comme les plus favorables à l’insecte. Garer sa voiture quelques mètres plus loin coûte moins cher qu’un lavage complet de l’habitacle.

Pour une voiture qui ne peut pas changer de place, une housse de protection extérieure limite les dépôts. Elle devient alors elle-même le textile exposé, à manipuler avec les mêmes précautions et à laver en conséquence. Et entre deux passages professionnels, un simple rinçage régulier à l’eau claire, sans frotter, évite l’accumulation, dans l’esprit des gestes d’entretien entre deux nettoyages que nous recommandons toute l’année.

Ce que prévoit la réglementation

Depuis le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022, la processionnaire du pin et celle du chêne figurent au code de la santé publique parmi les espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine. Il revient aux préfets de définir par arrêté les mesures de prévention et de lutte applicables dans leur département, et aux propriétaires et gestionnaires de terrains de les mettre en œuvre. Un observatoire national, piloté par FREDON France depuis 2021, centralise les informations et les signalements.

Pour un particulier, le bon interlocuteur reste la mairie : la préfecture du Var invite les habitants confrontés à une forte présence de chenilles à s’adresser d’abord à elle, qui oriente vers des professionnels. L’enlèvement d’un nid n’est pas un geste de bricolage.

Une voiture qui a passé l’hiver sous des pins infestés se nettoie donc comme une surface potentiellement contaminée, pas comme une voiture simplement sale. Le signaler au moment de réserver une prestation permet d’adapter la méthode : rinçage d’abord, contact ensuite. En cas de réaction cutanée, oculaire ou respiratoire après une exposition, c’est un médecin qu’il faut consulter.

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